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Au long de la Grande Histoire:
Il était
inéluctable que Djerba, se situant bien en vue sur le rivage Sud
de la Méditerranée, joue le rôle de gîte d'étape pour les navigateurs
anciens ayant pratiqué sur de longs itinéraires le cabotage au vu
des côtes. Les belles plages de Djerba offraient un échouage facile
et les quelques anses bien abritées, devaient inciter à des relais,
et ce d'autant plus que les populations, sûrement déjà sédentaires
et par là plus ouvertes, devaient faciliter le ravitaillement en
eau et dans le même temps s'initier aux activités commerciales qui
ne demandaient qu'à se diversifier au fil des ans.
Les Phéniciens
paraissent être 1es premiers dont l'histoire porte témoignage à
s'être aventurés par mer dans ces parages mais aussi au-delà. Leurs
incursions remontent sûrement loin dans le second millénaire av.
J.C., puisque la fondation de leur comptoir le plus éloigné dans
l'Ouest de la Méditerranée, CADIX en ESPAGNE, est attestée dès 1110
av. 1.C. alors qu' UTIQUE à l'extrême Nord-Est de notre pays date
sa fondation de 1101 av .1 .C. ce qui représente malgré tout trois
siècles avant la fondation, aujourd'hui admise, de CARTHAGE la phénicienne
en 814 av. 1.C..
La visite
des Grecs et leur présence fréquente, avant ou après le premier
millénaire av. 1.C., sur les rives Sud de la Méditerranée, à l'Ouest
de la CYRENAIQUE, n'est pas témoignée expressément par des sources
historiques, mais se conçoit aisément lorsque l'on songe à ces permanentes
rivalités entre ces deux grands peuples de négociants, les Grecs
et les Phéniciens, pour la suprématie commerciale notamment sur
le rivage Sud de la Méditerranée. Celle-ci devait s'exprimer clairement
par une- implantation coloniale des Grecs en CYRENAIQUE; mais aussi
par leur mise en échec plus à l'Ouest par les Phéniciens, en fait
Carthaginois, désireux de dominer les routes vers l'intérieur de
l'AFRIQUE, initiées ou débouchant dans le golfe de la petite SYRTE
de TRIPOLI à GABES et plus particulièrement aboutissant à DJERBA
et en premier lieu à ce grand comptoir commercial que fut MENINX
de fondation phénicienne. Mais naturellement, que les Grecs aient
eu dès les temps reculés, une fort bonne connaissance des lieux
se déduirait de l'usage qu'au huitième siècle av.J.C.
HOMERE,
ou les aèdes qui en tiennent lieu, ont pu faire du nom des LOTOPHAGES,
puisque c'est chez eux dans l'ODYSSE au chant IX qu'il fait échouer
ULYSSE et ses compagnons lors de leur épique retour à l'issue de
la destruction de TROIE vers 1185 av. J.C.. Ce serait là bien une
preuve entre autres d'une connaissance directe des lieux, puisque
le nom de cette peuplade se retrouve intact au onzième rang de la
liste que quatre siècles plus tard, vers 445 av.J.C., HERODOTE donne
dans sa description des populations libyques dont l'image paraît
très fruste. Ces populations occupaient les territoires que nous
désignons plus communément Afrique du Nord et en ces temps anciens
plus généralement appelés LIBYE.
Dans L'orbite de CARTHAGE :
Avec l'installation
formelle des Phéniciens à CARTHAGE, l'île de DJERBA, même si aucun
texte historique n'en fait mention, a dû tomber sinon sous la coupe
directe de l'autorité carthaginoise du moins entrer très tôt dans
sa sphère d'influence et bénéficier dès lors de toutes les novations
tant agricoles que techniques que cette présence a apportées et
dont l'influence civilisatrice a été immense, en raison même du
dynamisme agricole, commercial et maritime dont les Carthaginois
ont fait montre tout au long de leur suprématie. Ce que l'archéologie
montre bien c'est que l'île, au cours de la seconde moitié du premier
millénaire av. J .C., par son génie propre et celui insufflé par
ses protecteurs, connaît un développement remarquable, attesté par
J'existence depuis lors de localités importantes pas seulement côtières,
telles que TIPASA, HARRIBUS, MENINX, GIRBA, PHOAR (BOURGOU) et dont
les consonances phéniciennes pour certaines, accréditent une prééminence
de CARTHAGE.
La situation
économique vers 450 av.J.C. ne pouvait être mieux synthétisée que
par la plus ancienne et brève description qu'en donne le géographe
itinérant désigné par l'histoire SOUS le pseudonyme de PSEUDO-SYLAX:
"on y fait beaucoup d'huile qu'on tire de l'olivier sauvage, l'île
produit beaucoup de fruits, de blé et d'orge, la terre en est fertile".
Le commentaire pèche peut-être par un excès de lyrisme car il eut
fallu ajouter peut-être qu'il s'agissait ainsi "des années de bonnes
pluies", le climat ne semblant pas, du moins au cours de ces deux
derniers millénaires, avoir significativement évolué, selon les
sources historiques. Durant toute la période qui va jusqu'au démantèlement
de la puissance de la CARTHAGE punique en 146 av. J.C. par les Romains,
l'île n'est pas l'objet d'évocations quant à son implication dans
l'histoire assez tumultueuse des royaumes Berbères en fréquentes
inimitiés avec CARTHAGE, sa situation excentrée par rapport aux
centres de commandement de ces deux rivaux, son insularité d'autre
part, créant un accès facile par mer depuis CARTHAGE, semble avoir
favorisé son développement économique hors des péripéties d'alors.
Il n'est
jusqu'au nom de l'île qui ne soit sujet à hypothèse, celui du grand
centre maritime de MENINX semblant avoir imprimé son nom à l'île
pendant des siècles. Un simple coup d'œil sur une carte montre l'intérêt
que l'île aura représenté comme relais maritime sur la route de
l'Est vers l'EGYPTE et le MOYEN-ORIENT et son intégration dans un
réseau défensif de CARTHAGE semble tout aussi évident. CARTHAGE
aura aussi été l'instigatrice d'une activité spécifiquement phénicienne,
voire de monopole, qu'était la collecte des .murex et l'extraction
de la pourpre, ces mollusques étant abondants sur tous les hauts-fonds
qui cernent l'île. La présence sûrement très anciennement reconnue
des gisements d'argiles des collines de GUELLALA, aptes à la poterie,
aura eu la double implication de permettre l'exportation d'un produit
manufacturé, la poterie, dont la fabrication s'est poursuivie jusqu'à
nos ( jours, mais aura déterminé des activités exportatrices d'huile
d'olive et, nous ne saurions le réfuter, peut-être de vins capiteux.
La vigne encore prolifique sous cette latitude atteignait ici pratiquement
sa limite méridionale de culture rémunératrice.
La carte
nous montre aussi que Djerba voisinait avec des oasis, centres de
repli des populations antérieurement habitant un Sahara verdoyant
et qui, situées en limite du GRAND ERG ORIENTAL, prolongées par
les oasis du FEZZAN, auront été très tôt le cheminement obligé d'un
trafic d'abord peut-être modeste, mais qui avec la généralisation
de l'usage du dromadaire adopté du Moyen-Orient, deviendra une activité
commerciale de troc croissante. Celle-ci s'est poursuivie du reste
sans discontinuer au long de ces deux derniers millénaires pour
s'éteindre doucement au cours de notre siècle. Dès l'antiquité donc
s'était accru l'intérêt économique et stratégique de l'île en tant
qu'un des terminaux du commerce transsaharien très florissant au
moyen-âge du fait surtout du trafic de l'or du SOUDAN. puisqu'en
ce 11 ème siècle le célèbre EL BAKRI écrivait à propos de DJERBA:"
on y trouve de l'or en quantité".
Ce n'est
pas sans raison. évidemment. que, dès la première guerre punique,
ROME jugea devoir atteindre son adversaire carthaginois sur un de
ses flancs sensibles en envoyant, en 253 av. J.C., une escadre commandée
par C. Servilius CAEPIO et Simpronius BLAESUS qui, enlisée dans
les hauts- fonds du Sud-Est de l'île et remise à flot à grand peine,
s'en retourna sans atteindre son but, aventure première d'une série
historique longue en échecs similaires. ROME récidive lors de la
seconde guerre punique en 217 Av. J.C. en envoyant une escadre sous
le commandement du Consul C. GEMINUS qui derechef, revint dans des
conditions analogues. mission non accomplie, vu les dangers conjoints,
des insulaires cette fois prévenus, mais bien plus des funestes
hauts-fonds marins, contrariant l'accessibilité à l'eau douce. sur
la terre ferme. Rappelons que, modestes certes. quelques puits d'eau
douce proches du rivage au Nord-est de l'île auront représenté pour
les marins une solution vitale pour leurs aiguades. problèmes toujours
impérieux au long cours et cette circonstance aura joué souvent
un rôle déterminant, comme l'histoire le montrera fréquemment avec
des envahisseurs peu assurés ou avisés de leur ressources en eau.
Mais il
fut aussi au cours de ces siècles des visiteurs bien accueillis
et qui jouèrent ensuite un grand rôle économique dans l'île. si
l'on suit la tradition selon laquelle le peuplement hébreux très
spécifique de DJERBA trouverait son origine dans la venue d'une
colonie de réfugiés juifs fuyant la désolation résultant de l'intervention
de NABUCHODONOSOR II ayant détruit. le royaume de JUDA, mais surtout
le Temple de JERUSALEM en 585 Av. J.C.. Ces juifs devaient s'établir
dans L'île en deux communautés à peine agrégées dans la partie Nord.
Ce noyau ethnique, dont nous avons déjà fait mention, ne s'est jamais
intégré socialement ou culturellement au milieu ambiant successivement
païen, chrétien puis musulman et aura apporté et élaboré un savoir
de techniques artisanales spécifiques. Il aura sûrement aussi contribué
à des relations commerciales efficientes avec les coreligionnaires
participant de la Diaspora juive en Méditerranée. L'histoire retiendra
aussi, en témoignage du cadre de vie plaisant mais tout autant paisible
au sein des populations autochtones, le fait, que sollicités de
retourner en Terre Sainte lorsque CYRUS le GRAND vers 540 av. J.C.
mit fin à la captivité des juifs à BABYLONE ou à leur exode ailleurs,
les Juifs de l'île déclinèrent semble t-il unanimement cette faveur
de retour.
Aujourd'hui
une synagogue rénovée, de proportions modestes, demeure sur le lieu
isolé ou fut érigé un sanctuaire qui passe pour être le second dans
l'échelle des dévotions juives et, à ce titre, reste l'objet de
pèlerinages chaque printemps très fréquentés de Juifs du monde entier
en raison d'un accès facile.. Pour rester encore un instant dans
la nuit des temps et celui du mythe; tout en faisant l'impasse sur
le récit d'Ulysse chez les Lotophages (voir ci-après "La richesse
des témoignages: Homère ), rappelons deux sujets de la même veine
et ayant eu des prolongements récents sur les notions de la géographie
et de l'histoire de l'île. HERODOTE mentionnait à la suite des Lotophages
une tribu analogue Libyque : "les Machlyes qui s'étendent jusqu'à
un grand fleuve appelé Triton; ce fleuve se jette dans un grand
lac, le lac Trinotis, où il y aune île qui ale nom Phla". Au chapitre
suivant il ne peut s'empêcher de rappeler que c'est là que Jason
et les Argonautes devaient, entraînés par les vents, s'échouer (eux
aussi!) sur les hauts-fonds de sable et d'algues et repartir de
justesse grâce à l'aide du Dieu marin Triton qui leur montra les
issues du lac, après qu'ils lui aient consacré un trépied de bronze.
Des exégèses, au cours du siècle dernier, ont voulu voir dans le
lac Tritonis le grand lac salé aujourd'hui dés séché des chotts
tunisiens, susceptibles d'avoir été en communication avec la mer
par un déversoir en des temps préhistoriques.
Passons
sur les tonnes de papier qui furent consommées à partir de 1863
et jusqu'en 1930 du fait de la thèse: "De TRITONIDE LACU" par laquelle
s'était accréditée l'idée, défendue par de nombreux et ardents protagonistes,
de relier le golfe des Syrtes aux soi-disant dépressions très vastes
des Chotts nord sahariens et de créer ainsi une immense mer intérieure
au Nord du Sahara, appelée dès lors à bouleverser toutes les données
climatiques, géopolitiques et économiques de l'Afrique du Nord!
Il fallut la présence d'esprit des plus hautes Autorités Françaises
pour ramener ce projet fumeux, en raison même d'erreurs topographiques,
à son point de départ historique. GSELL le plus grand historien
de l'Afrique du Nord, avec la modestie qui lui était habituelle,
devait suggérer que le Tritonis semblait bien correspondre à la
Mer intérieure de Bougrara au Sud de l'île de DJERBA et que l'île
PHLA devait bien désigner l'île de DJERBA, face au promontoire occupé
selon HÉRODOTE par les LOTOPHAGES. L'histoire en restera là: DJERBA
était bien habitée par les LOTOPHAGES et cernée de hauts-fonds marins
périlleux pour tout navigateur, sachant aussi que c'est dans ce
golfe de la petite Syrte que se rencontrent les plus fortes marées
de la Méditerranée,
La période
"punique de Djerba" mérite de rentrer dans l'histoire comme celle
d'une sédentarisation des ethnies qui l'occupèrent, à base surtout
de populations brachycéphales encore aujourd'hui grandement présentes,
(peuplement berbère), d'une période de diversification agricole,
par l'arboriculture et vraisemblablement de l'initiation de l'irrigation,
avec les eaux souterraines, d'extension de l'habitat sur toute l'île,
du développement conjoint des activités de pêche et de l'introduction
d'activités artisanales directement complémentaires ou liées aux
ressources de l'île. Tout excédent de production aura stimulé les
initiatives commerciales que la mer, dès une haute époque, devait
permettre au moins avec les deux peuples marins et commerçants Grecs
et Phéniciens puis Carthaginois seuls. An cours de cette période
encore fruste sûrement tout était cependant en germe de ce qui devait
plus tard constituer la marque typique de DJERBA: son ambiance industrieuse
dans un cadre bucolique, son ouverture vers le grand large marin
au Nord, et au Sud vers l'immensité saharienne demeurée longtemps
mystérieuse car inexplorée.
Sous la férule Romaine
:
Contrairement
à ce que l'on pouvait supposer, l'instauration de la suprématie
de ROME dès la destruction de la CARTHAGE punique en 146 Av. J.C
ne devait pas se traduire par des bouleversements douloureux dans
l'île, car si l'histoire locale reste muette à ce sujet, l'aspect
connu de la progression de ROME dans sa sphère d'influence nord-africaine
accréditerait qu'elle fut très progressive, relayant lentement l'autorité
déclinante des royaumes berbères auxquels, peut-être, Djerba avait
été, après la fin de CARTHAGE, intégrée ou desquels pour le moins
elle restait peu ou prou tributaire. Dès avant le premier millénaire
l'influence de ROME se fait plus formelle et la paix romaine existant,
le développement économique se poursuivant, les richesses s'accumulent.
Les localités de DJERBA, MENlNX en tête, se parent d'impressionnants
bâtiments publics, à l'image de tous les grands Municipes de l'Empire.
En témoignent
les ruines qui ont livré de nombreuses statues et reliques. Si aujourd'hui
le site de MENINX paraît bien désert, n'était encore quelques chapiteaux
impressionnants de taille, c'est qu'il servit pendant des siècles
de carrière vu la multitude de marbres de toutes couleurs et origines
qui s'y trouvaient, tout comme des diverses colonnes en granit qui
tronçonnées ont servi de meules providentielles dans l'équipement
des moulins à huile et à grain de DJERBA. Si le site très vaste
est resté désert, semble-t-il, des explorations importantes restent
encore en vue pour les archéologues. L'opulente oligarchie commerçante
s'était aussi construit, en divers lieux, des villas comme dans
tout le reste de la Province d'Afrique où les mosaïques polychromes
souvent retrouvées sont un des aspects les plus parlants du raffinement
des demeures d'alors. Profitant de ces siècles de: paix, l'hégémonie
de l'île s'est étendue aux régions avoisinantes du continent par
le développement surtout de l'oléiculture dont Zita fut le centre,
tout comme de nos jours l'est à nouveau ZARZIS.
Si dans
le passé l'insularité avait pu passer pour un privilège de la nature,
la paix romaine devait encourager la construction impressionnante,
car authentique "travail de romain", d'une chaussée-pont en pierre
reliant le continent à l'île sur plus de six kilomètres de longueur.
Il fallait que le trafic soit considérable pour justifier la création
d'un ouvrage qui subsista en usage durant près d'un millénaire et
demi et qui devait finir par une destruction partielle en 1480 et
un abandon que justifiait l'insécurité en autorisant l'île de bénéficier
de son insularité retrouvée. C'est durant cette période faste de
ROME que devait s'ouvrir en grand le commerce avec l'intérieur de
l'Afrique et fonder pour des siècles une activité lucrative dont
DJERBA et TRIPOLI devaient, tour à tour, se disputer le débouché
vers les marchés méditerranéens de ces produits vraiment exotiques:
les esclaves, l'ivoire, les peaux et plumes rares, les animaux sauvages
dont les cirques faisaient grande consommation et surtout l'or recherché
avant tout vu J'amenuisement des ressources antiques.
La fortune
de l'île ne se limita pas seulement à son bien être matériel, mais
en cela sur le même plan que d'autres illustres cités de l'Afrique
romaine, se trouva participer aux honneurs de la vie publique de
l'Empire puisque deux de ses citoyens, originaires de GIRBA, furent
portés à la magistrature suprême: l'Empereur Vibius GALLUS et son
fils Volusianus, encore que pour un règne éphémère en 252 et 253
ap. J.C., mêlés qu'ils ont été à la tourmente des premières guerres
contre les GOTHS en zone danubienne qui furent si funestes pour
les Romains. DJERBA participa, comme toute la Province d'Afrique,
à la propagation du christianisme et parmi les premières mentions
également du nom de "GIRBA" figure celui du nom d'un évêque participant
au premier concile d'Afrique en 255 ap. J.C..
Dès cette
époque le nom de GIRBA semble s'accréditer pour l'île et le restera
jusqu'à nos jours avec de modestes altérations selon les langues
et les usages. Les sources écrites disparaissent avec le Bas Empire,
période troublée s'il en est, par les luttes déjà religieuses et
nul témoin ne relate les événements de la période vandale de plus
d'un siècle ( 425-535) à laquelle l'île ne pouvait échapper vu son
ancienne notoriété de richesse qui aura sûrement subie un sérieux
accroc avec des occupants ou dominateurs par ailleurs si peu concernés
par le développement économique. La période byzantine qui suivit
(535-665) est tout aussi muette quant à Djerba et, si l'on songe
à ces périodes entrées dans l'histoire avec le récit d'un déclin
économique à peine contrarié vu la permanence des luttes contre
l'agressivité de tribus nomades de territoires non contrôlés par
Byzance, on n'a pas de peine a imaginer que l'île aura vu alors
le déclin majeur puis la ruine des grandes cités maritimes florissantes
jadis: Méninx, Harribus, Tipasa, tout autant que la contemporaine
et continentale Gigthis dont plus personne ne fait mention n'était
aujourd'hui la rémanence de ruines imposantes et d'inscriptions
glorieuses qui jurent dans cette désolation.
La grande Période Islamiqe :
Avec la
conquête arabe du Maghreb et spécifiquement celle de Djerba en 665
( 43 Hégire) par un compagnon du Prophète: Ruwayfa ibn Thâbit et
donc l'avènement de l'Islam, Djerba entre pour plus d'un millénaire
dans une époque de fortunes diverses et d'instabilités chroniques.
Involontairement projetée d'abord au centre de rivalités dynastiques
s'appuyant tour à tour sur des schismes majeurs de l'Islam, Djerba
ne pouvait échapper à une longue confrontation entre les puissances
chrétiennes dominantes alors en Méditerranée, l'Aragon, la Catalogne,
l'Espagne ensuite et l'Islam pour la domination de la mer Méditerranée
occidentale et centrale grâce à la possession des les et des principaux
points d'appui maritimes de l'Afrique du Nord de Ceuta à Tripoli
(dite de Berbérie). La Puissance Turque, à peine tenue en échec
par la défaite de Lépante en 1567, devait par sa percée jusqu'au
delà d'Oran mettre un terme, pour près de trois siècles, aux visées
expansionnistes de l'Espagne, voire de l'Europe en Afrique du Nord,
et le plus remarquable devait être le rôle majeur dévolu souvent
à ce petit peuple de Djerba courageux et entreprenant qui devait
toujours revendiquer l'initiative de sa propre protection ou de
sa libération en provoquant par-I à d'étonnants renversements de
situation dans la Géopolitique des puissances majeures de ces siècles.
La disparition
du Christianisme du moins à Djerba semble s'être déroulée très vite
en raison même peut-être du libéralisme et de la tolérance de l'Islam
mais aussi d'un cadre psychologique où a dû s'accréditer rapidement
la vision d'un avenir économique retrouvé grâce aux dimensions géographiques
nouvelles issues de la conquête arabe créant une unité politique
des Pyrénées à la Perse: Djerba pourrait à nouveau être promue à
se mouvoir dans un espace économique élargi et peut-être renaître
de ses cendres! L'île adhère très tôt à un schisme, le Kharidjisme,
dans son expression puritaine: la doctrine Ibadite .doctrine qui
accompagne la naissance du royaume indépendant de Tahert (Sud Algérien)
761 (144 H) dit des Rostémides, dont fera partie Djerba jusqu'à
sa chute (909) mais avec une adhésion économique. qui semble favoriser
une expansion nouvelle de l'île encore que les sources écrites font
davantage état du rôle éminent joué par des savants et des hommes
de lettres qui ont porté au loin la renommée cette fois spirituelle
de Djerba. L'île devient Wahabite, c-à-d faisant partie de la secte
rigoureuse de l'Ibadisme instaurée par le souverain et Imam Rostémide
Abdallah ibn Waheb. Cette secte devait connaître rapidement une
nouvelle scission, la branche Nakkarite en compétition permanente
ensuite pendant des siècles avec les Wahabites pour le pouvoir temporel
et la notoriété culturelle de l'île.
Au cours
de cette période le rôle de la langue berbère fut par là-même magnifié,
les écrits tant laïques que religieux, il est dit ayant été en majorité
conçus dans cette langue écrite en caractères arabes, Les lettrés
ayant été ainsi libérés de la prééminence antérieure du latin tout
en privilégiant l'arabe comme langue étrangère. Nul doute que le
Kharidjisme a définitivement marqué de son empreinte le rigorisme
moral des habitants de l'île mais a aussi stimulé les profondes
aspirations des populations à l'indépendance dans un esprit de défense
démocratique de leurs acquis sociaux et culturels spécifiques. Ces
populations ne sortiront plus jamais dès lors d'une détermination
irrépressible de secouer le joug des conquérants ou de leurs dogmes
d'où qu'ils viennent. Cette volonté ou cette obstination devait
sans fin être mise à l'épreuve si l'on considère la somme d'événements
historiques vécus par l'île dont parfois les seuls titres suffiraient
à en attester la permanence, aussi pouvons nous les résumer ainsi
avec une numérotation arbitraire:
1. de 868 (254 H) à 895 (281 H) dissidence
d'une partie de DJERBA contre l'autorité des Rostémides du Royaume
de TAHERT.
2. lors de la conquête de TAHERT par les
Fatimides DJERBA accueille des fugitifs de TAHERT du fait même
de son opposition certaine aux Fatimides.
3. les Fatimides, en nouveaux souverains
shiites de l'Ifriquia (approximativement la Tunisie) en 909, rendent
également tributaires les Djerbiens mais seulement à la suite
d'une opération maritime d'envergure en 923 (311 H).
4. l'île est à nouveau "libérée" par un
kharédjite impénitent Abu Yazid (Nakkarite) en 942 (331 H) mais
reconquise par lé troisième calife Fatimide El Mansour.
5. un épisode mal connu relaté par Ibn
Idhari fait état d'une conquête inopinée par le Roi de Sicile
qui fit de nombreux prisonniers en 1038 ( 430H), opération réitérée
en 1039 (431H).
6. en 1047 (439 H) nouvelle révolte Nakkarite
et envoi d'une flotte par le Ziride El Moïz. Les Fatimides ayant
conquis l'EGYPTE en 969 s'établirent au Caire et confièrent la
régence de l'Afrique aux Zirides qui n'eurent des démêlés avec
Djerba que lorsque le célèbre AL Moïz eut à réprimer cette révolte
en 1047 (439 H).
7. en 1062 (454 H) à la mort d'El Moïz
les Djerbiens deviennent pirates à grande échelle et c'est Tamim,
son Fils, qui réprima ces excès.
8. en 1109 (499 H) nouveau soulèvement
de Djerba que ne put réprimer Tamim malgré une flotte importante
et des troupes nombreuses. Il fallut attendre 1116 (510 H) pour
qu'une armée et flotte considérable de Yahya, fils de Tamim, incitent
les Djerbiens à renoncer à nouveau à la piraterie.
9. en 1116 une nouvelle flotte d'Ali ibn
Yahya fut nécessaire pour imposer la paix sur mer et sur terre
et surtout mettre un terme à la piraterie.
10. mais vers 1121 (514 H) Djerba a de
nouveaux démêlés et se soumet au prince AL Aziz ibn Mansour qui
impose son autorité directe par l'envoi d'une flotte, (au dire
du seul Ibn Khaldoun).
11. en 1135 (529H) Roger II de Sicile après
avoir occupé de nombreuses localités de la côte ifriqienne s'empare
également de Djerba, y subjugue la population, massacre à son
gré et transfère en esclavage en Sicile nombre des habitants.
Les Siciliens imposent leur présence jusqu'en 1153 (548H) où a
lieu un soulèvement général des Djerbiens. Les Siciliens reviennent
en force, reconquièrent Djerba la même année. Elle ne fut "libérée"
que par le nouveau pouvoir Almohade en Tunisie en 1160.
12. en 1220 l'Empereur Frédéric II de Hohenstaufen,
crût calmer les soulèvements musulmans en Sicile en traquant les
responsables ou inspirateurs installés à Djerba par une expédition
punitive dans l'île, affaire restée obscure vu son échec.
13. En 1282 Pierre III roi d'Aragon, déjà
suzerain de Mayorque, monte une armada pour assujettir à ses vues
financières et peut-être territoriales, les monarques de TUNIS
et de BOUGIE. II débarque à COLLO, non loin de BOUGIE, mais ses
conspirateurs locaux ayant été neutralisés, reste indécis. Opportunément
en Sicile les "Vêpres Siciliennes" qui viennent d'éliminer la
domination des Angevins font basculer le pouvoir vers les Hohenstaufen
dont l'épouse de Pierre III est la légitime Prétendante. Pierre
III quitte Colla et entre à Palerme en protecteur et Souverain.
Ne voulant moins que jamais renoncer à ses visées sur l'Afrique,
il charge son Amiral Roger de Lauria de conquérir les îles de
DJERBA et des KERKENNAH en 1284 et 1285 et d'en assumer en tant
que fief personnel et vassal, la possession.
14. dès lors DJERBA sous un régime implacable,
paya pour les autres, d'abord conquise dans le sang, les opposants
sont par milliers transférés en Sicile à titre d'esclaves, et
ces exactions s'étendirent même sur le continent venu à la rescousse.
Totalement jugulée, DJERBA resta sous le joug des héritiers successifs
de Roger de Lauria jusqu'en 1333, grâce aussi à la complicité
de clans locaux. Certes trois successions d'héritiers devaient
dès 1305 donner lieu à des soulèvements et trois expéditions depuis
la Sicile dont deux se terminèrent par des désastres complets
infligés par les Djerbiens aux Sicilo-Aragonais, et seule la troisième
put à nouveau imposer en 1308 la loi aragonaise vu la poigne et
les astuces de Raymond Montaner qui sût se concilier des clans
locaux. Ce dernier abandonnait son titre de Gouverneur trois ans
plus tard. En 1333 une insurrection générale des possessions africaines
des Aragornais-Siciliens décida de la fin de l'occupation chrétienne,
mais dès 1337 elle consacrait aussi l'assujettissement de Djerba
à la Dynastie Hafside mais dont deux gouverneurs successifs devaient
se rebeller contre le pouvoir central. Durant toute cette période
les éternels deux groupes opposés de l'île devaient ajouter par
leurs rivalités permanentes au désordre.
15. en 1432 le Roi Alphonse V d'Aragon
entend faire valoir ses droits sur le Royaume de Naples et simule
une action sur Djerba, qu'il conquière après avoir livré bataille
avec succès contre le Sultan Abou Farès de Tunis accouru au secours.
Payant une fois de plus tribut aux Aragonais l'île se libère quelques
années plus tard et retrouve le statut d'une principauté indépendante
sous la seule autorité de ses chefs coutumiers. Il semble qu'un
renouveau économique et un enrichissement général ait pu être
obtenu, auquel la piraterie, à l'égard de la marine marchande
chrétienne, aurait aussi contribué, notamment après que se soit
terminée la Reconquista espagnole en 1492.
16. forts de leur succès, les Espagnols
poursuivent leurs actions envers les Royaumes musulmans et conquièrent
successivement sur les côtes de Berbérie: Mers el Kébir, Oran,
Bougie, Tripoli tout en contraignant Tlemcen, Alger et Tunis à
des tributs de vassaux. Le commandant de ces expéditions réussies,
Pierre de Navarre, pensant incorporer sans efforts ce point d'appui
commode représenté par DJERBA, essuie en Juillet 1510 un premier
échec sur place. Il revient en force un mois plus tard, ayant
le renfort d'une escadre avec à son bord le Duc d'Albe qui dès
lors semble prendre le commandement avec d'autres Grands d'Espagne.
Le 30 Août, 15 000 hommes sont débarqués dans le plus grand ordre
sous un soleil de plomb et visiblement sans de suffisantes provisions
individuelles d'eau. La confrontation avec les Djerbiens après
une longue marche tourne vite au désastre, la troupe totalement
assoiffée se débande et fuit vers les vaisseaux. Au total 1500
hommes restent sur le terrain dont le chef, le Duc d'Albe, (d'autres
sources parlent de 10 000 hommes perdus!). L'armée s'en retourna
à Tripoli et se dispersa, mission non accomplie. Le prestige des
Espagnols en fut fort longuement affecté et les Djerbiens, mettant
une fois de plus la plus grande Nation de la Chrétienté d'alors
en échec, admirés pour. leur courage, leur témérité et surtout
leur ténacité.
17. Charles Quint devait chercher à partiellement
atténuer cette leçon par l'envoi d'une flotte qui négocia un tribut
annuel de 5000 dinars d'or en faveur du vice roi de Sicile. accord
qu'une ambassade de Djerba vint signer en 1521 en Allemagne.
18. Les affaires ont du prospérer à Djerba
si l'on se fie aux commentaires de Léon l'Africain qui visita
l'île vers cette époque et y fut du reste capturé en 1518 par
des corsaires Siciliens, Le commerce procure de gros revenus.
L'île gagne aussi d'être à nouveau le repaire de corsaires fameux
pour l'époque: le grand Barberousse qui devait ensuite conquérir
Alger et son arrière-pays, mais surtout son élève et lieutenant
le Raïs Dragut qui devint la bête noire de toutes les puissances
maritimes de . l'époque non seulement comme créature des Turcs
mais comme le plus habile, le plus audacieux et le plus pernicieux
des écumeurs de mer de l'époque. Il sût trente ans durant inquiéter
tous les rivages de Berbérie sous obédience espagnole mais surtout
ceux de Corse, Sardaigne, Sicile, Naples, Calabre et de l'Adriatique
en ayant jusqu'à des flottilles entières de galères sous son obédience
ou en sa possession.
19. Ses démêlés avec le prince génois
l'Amiral André Doria, son éternel pour chasseur, comptent d'innombrables
épisodes dont le plus extravagant reste celui unique dans les
annales maritimes, et qui eut précisément pour théâtre le Sud
de l'île de Djerba, son refuge préféré. L'Amiral avec des forces
réduites bloque en 1551 le Raïs Dragut avec plusieurs de ses bâtiments
en partie désarmés sur des hauts-fonds dans la passe d'El Kantara
mais jugeant devoir faire appel à du renfort de Sicile ou de Malte
contient pendant plusieurs jours le Raïs dans ce qu'il croit 'être
une nasse alors que celui-ci, en homme de ressources, fait jour
et nuit creuser un canal vers la mer de Bou Grara par où il transfert
nuitamment ses navires pour rejoindre le large tout en capturant
au passage la Galère Patronne de Sicile incidemment dans les parages.
20. Dragut jugea le moment venu de consolider sa position
et celle de ses maîtres, les Turcs, en faisant la conquête de
Tripoli, puis au grand dam de sa population la conquête de Djerba.
L'île devenue officiellement le refuge de Dragut devenait au même
titre que lui le point de mire de la Chrétienté et à nouveau au
centre des préoccupations espagnoles.
21. Philippe II d'Espagne ayant succédé
à Charles Quint et libéré de ses soucis du Nord par le traité
de Cateau-Cambrésis peut enfin s'installer en Espagne et n'a plus
qu'une idée immédiate en tête: mettre un frein à l'expansion turque
en Méditerranée et à la demande du Grand Maître de l'Ordre de
Malte, Jean de La Valette, appuyé du Vice-roi de Sicile, le Duc
de Medina Celi, d'abord s'attaquer à la course en mer, en éliminant
Dragut, grâce à la conquête de TRIPOLI et de DJERBA, ces nids
de pirates. Philippe II charge 1e 15 juin 1559 le Duc de faire
vite, mais celui-ci argue qu'il faut plus de troupes donc plus
de navires, le temps passe et finalement l'armada de 54 navires
de guerre et de 36 nefs de charge avec 12000 hommes à bord quitte,
contre toutes les règles nautiques (surtout ne rien entreprendre
en hiver!). Syracuse en ordre dispersé après le 1er Déc. Le regroupement
est prévu entre Djerba et Tripoli. Dragut, avisé de longue date
disperse ses galères, fortifie ses places, presse CONSTANTINOPLE
d'intervenir avec la flotte de Pirali Pacha. Le Duc sur place
hésite, décide de conquérir d'abord DJERBA l'île riche de ses
jardins, cultures et troupeaux. Le 16 Février, aiguade à l'est
aux puits de la ROQUETTA malgré les assauts des autochtones très
agressifs. Nouvelles tergiversations, puis débarquement réel le
8 Mars à l'ouest du Château-fort qui après de violentes escarmouches
est occupé et immédiatement mis en réparation et renforcement
pour établir un point d'appui durable. Avisés de l'arrivé imminente
de soixante galères du Turc renforcées de celles, une vingtaine,
de Dragut, les Espagnols en désaccord entre marins et infanterie,
débattent du meilleur parti à prendre: affronter une action en
mer, fuir, réagir sur place? L'armée décide le 10 mai d'embarquer
la moitié et de fuir, voire combattre. et avec l'autre moitié
affronter à l'abri du château-fort les Turcs et les Djerbiens.
Le lendemain 11 Mai. l'escadre par grand vent d'Est, affronte
les Turcs ayant vent en poupe, en peu de temps les chrétiens .désemparés
sont rabattus vers le rivage, dix-neuf galères et quatorze bâtiments
de charge furent coulés ou capturés, nombre de fuyards se noyèrent,
cinq mille hommes furent faits prisonniers. Le reste des navires,
mais en fait seulement 17 galères, rejoignit en désordre l'Italie
et la Sicile où arriva le Vice-Roi avec le souci, vite oublié,
de secourir les assiégés de Djerba. Aussitôt débarqués, les Turcs,
aidés des Djerbiens, bloquent totalement les occupants du camp
retranché et du château qui tentent plusieurs sorties infructueuses
mais qui, à bout d'eau potable, se rendent contre la vie sauve
le 31 Juillet. Avec les têtes de tous les adversaires tombés fut
édifié un trophée macabre qui subsistera jusqu'en 1848.
22. La défaite de l'expédition de 1560
fut donc totale et comme telle constitua une atteinte formidable
au prestige de l'Espagne. Le retentissement de cet incroyable
échec militaire fut considérable dans toute la Chrétienté, devenant
pour des années le symbole constamment rappelé de la puissance
maritime et de la capacité militaire des Turcs et surtout de la
vaillance du peuple djerbien. Plusieurs conséquences internationales
de premier plan devaient résulter de cette confrontation de DJERBA.
D'abord pour trois siècles le renoncement de l'Europe à des visées
territoriales sur l'Afrique du Nord qui duraient depuis quatre
siècles à l'instigation des Espagnols surtout. Ensuite, mais en
cela paradoxalement, cet échec devait accélérer l'accroissement
très important de la marine européenne limitant l'expansion turque
en Méditerranée notamment après la considérable défaite navale
des Turcs à Lépante en 1571 mais dont l'effet fut néanmoins modeste
sur l'équilibre militaire entre Chrétienté et Turcs.
23. DJERBA resta sous le joug des Turcs,
et délivrée partiellement par la disparition de Dragut tombé en
1565 au siège de Malte, connut dès lors les hauts et les bas d'un
assujettissement aux Turcs et à leurs gouverneurs installés à
Tripoli. Vivant sous l'autorité de leurs chefs coutumiers, mais
toujours prêts à secouer le joug, les Djerbiens devaient en 1599,
1600 et 1601 s'insurger contre les Turcs de Tripoli et en 1603
détruire une expédition venue de cette ville pour les ramener
à l'ordre.
24. Au 17ème Siècle les récits ne font
plus état de hauts faits et il semble que l'économie de l'île
stagne, mais elle est à nouveau rattachée à l'autorité des Beys
de Tunis nommés par les Turcs. Ces Beys y délèguent d'abord les
Caids de la famille des Jalloud puis, fin du 18ème siècle de celle
des Ben Ayed, ces derniers décriés pour leurs exactions. Au 18ème
Siècle sont seulement relatées quelques incursions à Djerba de
tribus du continent qui devaient se terminer par une confrontation
brutale qui coûta la vie à un grand nombre d'entre eux. Les Djerbiens
poursuivirent leurs activités agricoles, artisanales et commerciales.
Une paix relative les incita à une colonisation partielle sur
le continent proche. Vivant dans l'orbite de l'empire Turc les
Djerbiens devaient tout naturellement développer leur commerce
vers Alexandrie, Constantinople et consolider le commerce transsaharien
contrarié cependant par la suppression de l'esclavage en 1864.
Ils devaient enfin, au 19ème Siècle, découvrir leur vocation pour
l'établissement généralisé dans toutes les localités de la Régence
de Tunis, puis des zones frontalières, de boutiques d'épicerie
qui par le jeux du crédit et de la solidarité entre familles de
l'île, devaient leur réserver un Monopole de fait dans cette activité
jusqu'en 1965.
25. le fait marquant du 19ème siècle fut
en 1881 l'occupation française de la Régence et donc de DJERBA
où l'autorité de l'Armée fut relayée dès 1885 par l'Administration
Civile du Protectorat. Aucun événement violent ne devait plus
perturber Djerba qui toutefois participa très activement à toutes
les initiatives politiques au plus haut niveau national qui devaient
aboutir à l'Indépendance de la Tunisie en 1956 et introduire par
là même le plus grand élan de développement économique qu'ait
connu l'île depuis son existence pluricellulaire.
26. avec les temps modernes se clôt aussi
plus de mille ans de luttes permanentes d'un peuple jaloux de
sa liberté et de son indépendance, luttes qui n'ont pas pour autant
créé un homme violent ou imbu de sa supériorité, car le Djerbien
a su avec beaucoup de dignité rester fidèle à un acquis culturel
ancestral qui fait de lui un homme aux multiples facettes heureuses
et qui à ce titre lui donnent une personnalité très attachante.
ASSIDJE
: "ETERNELLE DJERBA" 2000
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UN TEMOIGNAGE SPECTACULAIRE SUR LA PRESENCE LIBYCO-PUNIQUE DANS L'ILE DE JERBA: LE MAUSOLEE DE HENCHIR BOURGOU.
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