Accueil I Plan du site I Liens utiles I Album photos I Contacts     
 
 

 

Projets réalisés en collaboration avec le Fonds pour l'environnement mondial /Programme de micro financements FEM/PMF

Rapport d'expertise
de la composante
marine de projet ASP
Observatoire du Développement Durable à Djerba.

Les indicateurs de suivi de l'environnement et du développement durable à Djerba

situation de référence marine de l'île de Djerba

Conservation de la diversité génétique du palmier dattier dans l'île de Djerba

Le massacre des palmiers

(le film)


Les aires spécialements protégées

L'initiative prise par l'association pour la sauvegarde de l'île de Djerba, d'élaborer un dossier technique et administratif pour la création d'aires spécialement protégées dans l'île, s'insère dans le cadre de son action permanente pour la protection de l'environnement et de la spécificité de l'île sur les plans naturel, économique et social; ce qui du reste représente l'objet pour la réalisation duquel l'ASSIDJE a été créée. Plus particulièrement, cette initiative s'inscrit dans l'action entreprise depuis Juillet 1997 pour l'élaboration d'une stratégie de développement durable dans l'île de Djerba ; dont l'étude a permis dans sa première phase :

- de dégager un diagnostic et des lignes directrices pour des orientations de base en vue de la mise en œuvre d'une stratégie de développement durable ;

- d'arrêter des actions prioritaires d'intervention sur le terrain, pour préparer la mise en application de la stratégie de développement durable.

L'élaboration d'un dossier technique et administratif pour la création d'un certain nombre d'aires spécialement protégées, est donc la première concrétisation des actions prioritaires envisagées. C'est pour quoi nous prévoyons de ne pas limiter notre intervention à la confection du dossier mais de l'étendre à l'introduction auprès de l'administration Tunisienne compétente, d'une requête visant l'obtention d'un classement en aires spécialement protégées des zones sélectionnées, tout en suggérant les grandes lignes à adopter en matière de gestion de ces zones.

Trois grands thèmes seront développés dans ce dossier, le premier aura pour objet de présenter l'île de Djerba en mettant plus particulièrement l'accent sur ses milieux physique, naturel, humain et son patrimoine. Le second thème mettra en évidence les enjeux environnementaux, en dégageant successivement les menaces et les contraintes qui pèsent sur l'environnement ; les éléments à protéger ; les zones potentielles qui nécessitent une protection et enfin les critères de références déterminants quant au choix des zones à classer en aires spécialement protégées. Le troisième thème sera consacré à l'étude des zones naturelles sensibles à classer en aires spécialement protégées. A la fin du document, nous réservons un chapitre pour traiter les aspects relatifs à la procédure administrative qui réglemente le classement des aires spécialement protégées.

Top


Objectif du projet

Le projet d'établissement d'un dossier technique et administratif pour la création d'aires spécialement protégées dans l'île de DJERBA a pour objectifs de:

1- contribuer à la conservation de la biodiversité dans les milieux insulaires méditerranéens;

2- lutter contre la dégradation des sols et du couvert végétal, par la pression du développement urbain et touristique;

3- contribuer à la conservation des ressources naturelles floristiques et fauniques;

4- contribuer à la conservation de l'avifaune;

5- et enfin, de valoriser le patrimoine naturel spécifique de l'île de DJERBA.

La présente étude réalisée dans le cadre d'un projet FEM/ONG de micro-financement vise la création d'Aires Spécialement Protégées (ASP) dans l'île de DJERBA ; elle a pour buts :

- de dresser une liste taxonomique des espèces animales et végétales rencontrées dans l'île de DJERBA et ses îlots en se basant sur les données bibliographiques disponibles et les observations de terrain ;

- de décrire les caractéristiques écologiques de la faune et la flore;

- de fournir une synthèse globale portant sur l'ensemble de l'écosystème et l'importance écologique de sa faune en mettant en relief les éventuelles particularités et la spécificité de cette faune insulaire ainsi que les diverses associations végétales

- de sélectionner et proposer, à partir de la synthèse précédente, les zones propices à la protection et à la sauvegarde en vue de la création d'Aires Spécialement Protégées dans l'île de DJERBA ;

- d'argumenter le choix et le justifier par des critères écologiques et environnementaux.

Ainsi, dans ce dossier, deux approches complémentaires seront adoptées :

1/ la première est une Approche conservationniste de la protection de la nature: dans ce sens, notre choix sera justifié en se basant sur les taxons endémiques, rares, vulnérables ou menacés qui constituent des ressources génétiques d'importance capitale. Assurer la survie de ces espèces qui méritent une attention particulière est une nécessité qui s'impose d'une manière urgente

. 2/ la seconde est une Approche globale ou patrimoniale : elle met en avant la nécessité de protéger la nature dans son ensemble dans l'intérêt de l'homme et de l'humanité.

Cette approche est aussi importante que la première puisqu'elle permet de justifier le choix des sites à vocation d'ASP tout en mettant en relief l'importance de considérer l'écosystème dans son ensemble eu égard à sa fragilité et à sa vulnérabilité ; d'autant plus qu'il s'agit d'un écosystème insulaire ; en effet, dans les zones côtières d'une manière générale et en milieu insulaire en particulier, les agressions subies par l'environnement sont de plus en plus nombreuses du fait d'une exploitation à des fins économiques excessive (agriculture, pêche, tourisme, urbanisme, etc.). Les mesures à prendre seront, par conséquent, classées dans un ordre logique de priorités : conserver, gérer, reconstituer là où les activités ont généré des nuisances à l'environnement.

Afin d'atteindre ces objectifs, un diagnostic écologique doit révéler les dégradations éventuelles du système écologique et permettre ainsi de définir des méthodes de restauration/protection les plus appropriées. Nous rappelons par ailleurs, quelques notions fondamentales sur lesquelles nous nous basons dans ce travail.

Nous adoptons dans ce cadre des méthodes simplifiées susceptibles de fournir des informations fiables sur l'état des systèmes écologiques et sur l'importance de leur valeur patrimoniale. Ces méthodes peuvent être classées en deux catégories complémentaires :

a/ Une évaluation de la valeur patrimoniale des différents milieux naturels définis :

- à l'échelle régionale en se basant d'une part sur une évaluation de la richesse spécifique de chaque écosystème et d'autre part sur une évaluation de la richesse en écosystèmes différents.

- à l'échelle d'un écosystème, le patrimoine naturel peut être défini de deux manières :

· Un patrimoine brut, exprimé en richesse spécifique ; ainsi le fonctionnement normal d'un écosystème est mesuré de sorte que d'une année à une autre cette richesse reste conservée ;

· Un patrimoine pondéré, qui prend en considération non seulement la richesse spécifique mais également le degré de rareté de celle-ci. Toutefois, la rareté est une notion relative qui nécessite une méthode d'évaluation standardisée.

b/ Une détermination des Bio-indicateurs qui constituent des instruments de diagnostic. En effet, certaines composantes d'un système écologique doivent pouvoir informer sur l'état global de celui-ci. Les Bio-indicateurs ou Indicateurs biologiques sont des organismes qui permettent, d'une façon pratique et sûre, de caractériser l'état d'un écosystème et de mettre en évidence leurs modifications naturelles ou provoquées (indices biotiques).

Top


Les trois zones naturelles sélléctionnées

INTRODUCTION

Les zones naturelles sélectionnées en vue d'un classement en ASP, constituent un exemple assez représentatif de la diversité écosystémique de l'île. En effet, on retrouve les cinq grandes classes d'écosystèmes [les zones dunaires littorales, les sebkhas et zones marécageuses, les palmerais, les oliveraies et les régions steppiques et les regs pierreux] avec les vingt deux types de biotopes identifiés sur l'ensemble de l'île (voir Ch. I). Ces zones sont Ras Er R'Mel, Ras El Kastil et la zone de Ras El H'Mar avec les îlots d'El Guetâaya El Bahria et El Gueblia.

A) RAS R'MEL :

Situé au Nord-Est de l'île, Ras R'Mel est une flèche dunaire de 10 Km de longueur et 3 Km de largeur à sa base. Elle est alimentée continuellement en sables marins par une forte dérive littorale et ne cesse de se prolonger en direction du Nord-Ouest se rabattant sur une partie lagunaire qui la borde au Sud, donnant une succession de zones tantôt marécageuses, tantôt sablonneuses ou lagunaires.

Ras Er R'Mel est une formation récente constituée à la fois d'un complexe de dunes mobiles, de dunes fixes grâce à une végétation principalement halophile, d'une plage sableuse très large par endroits et de zones marécageuses. Cette formation fait suite à une sebkha étendue sur plusieurs hectares et des dunes hautes, colonisées par des palmiers en arrière plage. On peut donc distinguer trois types de milieux ; - Une zone marécageuse portant une végétation à base de salicornes. - Une zone nouvellement ensablée sans végétation. - Une zone dunaire où les sables sont en voie de fixation et portant la végétation psamophile caractéristique.

A. Milieu écologique fragile et singulier : La formation récente de cette langue dunaire et sa colonisation rapide par une flore riche et diversifiée permet aux animaux de remplir le vide écologique et d'exploiter les nouvelles niches vacantes crées. Ainsi, la récente colonisation se traduit par l'absence de compétition inter-spécifique à ce stade de la succession et par des stratégies d'adaptation particulières à une situation originale comme le montre la distribution spatiale de la population de la souris Mus musclus qui arrive à construire des nids parfois inondables sur la plage jusqu'au niveau de la zone de balancement des marais.

B. Milieu propice à la ponte et à la nidification de la Tortue marine Caretta caretta : La zone de Ras er R'Mel constitue un lieu très favorable pour la ponte de l'espèce de tortue Caretta caretta ;qui est très menacée en mer Méditerranée (Laurent et al., 1990 ; Laurent et al., 1993 ; Laurent et Lescure, 1994) et mérite d'être intégralement protégée. Nous avons trouvé à plusieurs reprises et au cours de deux saisons successives des preuves irréfutables de nidification sur la plage de Ras Er R'Mel. En 1997, un cadavre frais d'un juvénile a été découvert sur la plage. Vue sa petite taille, cette jeune tortue ne peut pas venir d'un autre site de ponte et ne peut être née que sur la plage de Ras Er R'Mel. Plus récemment, en 1999 un autre juvénile vivant (échappé à la capture) a été observé par un agent de la garde maritime.

B) RAS EL KASTIL

Ras El Kastil est un bras de terre en forme de langue qui s'est développé en direction du Sud, délimité par le cours de l'oued sous marin appelé Oued El Kebir; initialement, seule quelques dunes Tyrrhéniennes consolidées émergeaient, comme un îlot détaché des anciennes plages de Djerba. L'occupation de ces dunes à l'époque romaine, comme l'attestent quelques vestiges mis à découvert par la déflation éolienne, permet de penser que le cours de l'oued El Kebir passait par là, au devant de ces buttes témoins et que son passage était bien gardé par un petit fortin; dont les traces d'une enceinte et d'une citerne d'eau sont visibles de nos jours. Les vestiges d'un port, probablement phénicien, révèle que le cours de l'oued ancien desservait ce comptoir où dans l'environnement immédiat ont été mis à jour les hypogées de Souk El Guebli.

Ras El Kastil est long de 10 Km et large de 2 à 3 Km, il se décompose en trois parties: Ø une première partie dunaire active, celle de la flèche et des cordons littoraux; Ø une deuxième partie colmatée et stabilisée à la fois par des dunes fixes et un couvert végétal dense, qui continue et englobe les dunes anciennes consolidées; Ø enfin une troisième partie, composée des zones lagunaires et humides. L'évolution géomorphologique de Ras El Kastil, reconstituée grâce à l'interprétation des images satellites, révèle la réactivation de l'ancien cours de l'oued à la faveur de la réouverture du chenal ancien à travers le cordon littoral, à l'endroit où le colmatage et la dynamique de sédimentation étaient faibles. Ras El Kastil dont l'extrémité est recourbée par le fort courant de dérive de l'oued El Kebir et contenue par la branche de dérivation principale de cet oued. Ceci est confirmé par les données archéologiques, témoins de l'époque de la construction du Borj, par les espagnols de Castille au XIIIème siècle.

c) Ras El H'Mar :

Cette zone peut être délimitée par la Falaise de Tlêt au Nord, la Station d'aquaculture à l'ouest, la mer au sud et environ le PK 8 Guellala-Ajim à l'est. La particularité de ce milieu et son intérêt écologique sont liés à son hétérogeinité et sa diversité en composantes abiotiques et biotiques. Il représente pratiquement tous les écosystèmes de l'île de Djerba dans son ensemble. Il est en effet constitué : · d'une falaise sur un terrain principalement argileux qui représente le point culminant de l'île (54m au château d'eau de Guellala) ; · des terrains accidentés à flore sauvage clairsemée, constituée principalement de plantes annuelles ou de plantes indicatrices de dégradation, comme Asphordelus microcarpu ; · des champs d'oliviers ; · une grande et importante palmeraie étendue sur plusieurs hectares ; · une zone marécageuse recevant, il y a quelques années, les excédents des eaux d'irrigation du périmètre irrigué du Tlêt utilisé pour la culture des asperges, constitue actuellement une importante dépression pouvant se transformer en une mare temporaire à la suite des pluies ou éventuellement par apport d'eau du puits profonds de l'ancienne zone de culture.

De 1980 à 1985, cette zone a constitué un milieu riche abritant une flore et une faune aquatique diversifiées qui se sont développées spontanément (voir figure suivante, d'après OPIEM) ; en particulier Imperata cylindrica ; · une bordure de sebkha sur un sol sablonneux à limoneux riche en chénopodiacés. Cette zone est très menacée actuellement par les dépôts d'argiles et d'ordures ménagères ; · des zones marécageuses plus ou moins inondées selon les saisons et l'importance des pluies en automne et en hiver ; · et un important cordon littoral sableux par endroits et pierreux caractérisé par une large zone de balancements de marais, abrite particulièrement une faune malacologique (mollusques marins) particulièrement abondante et accueille une riche avifaune.

L'hétérogénéité de ce milieu se traduit par une importante biodiversité animale dont la répartition spatiale et la densité sont en fonction des gradients écologiques prédominants. Les gradients, sol (argile, sable, limons et même calcaire par endroits), humidité (sol sec, humide, inondée, etc.) et végétation (plantes sauvages sur sol induré, palmiers, plantes halophiles...) expliquent la distribution et l'abondance d'une faune plus ou moins riche selon les biotopes mais particulièrement diversifiée.

En effet, ce milieu abrite des populations de petits Mammifères, particulièrement des rongeurs (plusieurs terriers ont été observés), des reptiles (couleuvre de Montpellier, tarentes, sténodactyles, acanthodactyles et chalcides), une très dense population de crapauds inféodée aux zones marécageuses jusqu'à la proximité de la station d'aquaculture et plusieurs invertébrés (mollusques, araignées, notamment l'épeire diadème ; divers insectes ; cloportes...). Outre cette faune terrestre, l'avifaune est riche et dense. Une grande concentration de limicoles s'observe le long du littoral.

Top